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Abidjan : ASEC-Africa n'envoûte plus, où sont les féticheurs ?


"Avant les gens ne regardaient pas Manchester, Chelsea.. Aujourd'hui, quand ils regardent le derby ASEC Mimosas - Africa Sport, ça donne rien", soupire Karim Cissé, alias "Maréchal Bassolé", fan historique de l'ASEC. Et puis avant, à Abidjan, c'était aussi le match des féticheurs..

."Deux semaines avant le derby, il y avait de l'ambiance. Et même pendant les deux semaines qui suivaient", se désole "Maréchal Bassolé" dans son habit pailleté, aux faux airs de torero.

"Avant c'était mythique", renchérit l'ex-international ivoirien Emmanuel Moh, ancien de l'Africa. "Pour +LE+ derby, à 9h00 du matin, le stade était plein. On mettait des gens au bord de la pelouse. Certains restaient dehors", se souvient, chapeau vissé sur tête, Moh, passé par Montpellier et Arles, et qu'on surnommait Eusebio.

Samedi, les deux clubs phare d'Abidjan s'affronteront dans une relative indifférence... à Bouaké, où le match a été délocalisé en raison de travaux au stade.

La manne financière de Canal+, nouveau partenaire de la ligue ivoirienne, va peut-être ranimer la flamme. Tout est là, l'histoire et des anecdotes à foison.

Flash back. L'Amicale Sportive des Employés de Commerce (ASEC) est fondée en 1948 par des commerçants ivoiriens mais aussi béninois, ghanéens et burkinabé. Pour les derbies, des supporters venaient parfois du Burkina ou du Bénin.

- Match des ethnies -

Disposant jadis de gros moyens, soutenu par Georges Ouégnin l'indéboulonnable chef du protocole de la présidence, l'ASEC qui a remporté la Ligue des champions africaine en 1998, a souvent été qualifié de club du pouvoir mais aussi celui des ethnies Abouré (sud-est Côte d'Ivoire et Ghana) et Baoulé (centre du pays).

L'Africa Sport naît un an plus tôt en 1947 sous le nom de Club Sportif Bété (CSB), ethnie de l'ouest avant d'adopter un nom plus rassembleur. "Qui dit ASEC, dit Baoulé, qui dit Africa, dit Bété", résume Moustapha Cissé, supporteur de l'ASEC qui a assisté à son premier derby en 1981.

Eustache Manglé, ex-international ivoirien et capitaine historique de l'ASEC, différencie son ancien club au "football technique, fait de petites passes sous le slogan +les enfants s'amusent+" et l'Africa "au jeu direct avec de l'engagement".

"En 1958 l'Africa a écrasé l'ASEC 5-0 à Dakar en finale de la Coupe de l'Afrique occidentale française. L'ASEC a eu du mal à digérer cette humiliation, et cela a sans doute amplifié la rivalité", dissèque-t-il.

Amis dans la vie, adversaires sur le terrain, Moh et Manglé racontent les dessous cachés: les féticheurs. "Le féticheur ne marche qu'avec des bons joueurs", rigole Moh.

"Pour le derby, on allait chercher des féticheurs partout même dans les pays voisins. Certaines années, il pouvait y avoir 20 féticheurs pour une équipe", raconte-t-il.

- L'enlèvement du féticheur -

"Une fois, on s'est rassemblé autour du rond central bras-dessous. Pas pour prier. Le féticheur nous avait demandés de casser un oeuf sur le rond central. On s'est réuni pour que les gars de l'ASEC ne le voient pas. Et crac! On a cassé l'oeuf et on a gagné!" éclate de rire Moh.

Manglé se souvient d'un épisode rocambolesque: "On nous a dit qu'il fallait qu'on enlève le féticheur de l'Africa, si on voulait gagner. Nous l'avons enlevé à son domicile. Il a avoué qu'il fallait jeter un citron dans le but pour marquer".

"C'est ce qui s'est passé. Quand l'Africa jetait le citron, il y avait but, on récupérait le citron et on marquait aussi! Nous étions à 2-2. Les joueurs couraient après le citron! Lorsque nous avons pris l'avantage, nous avons confisqué le citron! La presse a titré +jeu de citron+."

Les souvenirs se bousculent: "En revenant de chez le féticheur, nous traversions la lagune (d'Abidjan) en pirogue à minuit, nous étions quatre ou cinq joueurs. Un gros poisson a bondi faisant un bruit assourdissant. On tremblait de peur! Je me suis écrié: +A cause du ballon, on va mourir!+"

Moh situe le déclin du derby à la restauration du multipartisme en 1990. "Avec la politique, les gens se sont moins intéressés au foot et après il y a eu la crise".

Bonaventure Koré, fan sexagénaire, avance une autre raison: "J'ai du sang Africa dans les veines, je viens toujours mais avant il y avait des grands joueurs, maintenant ce sont des gamins. On ne connait même pas leurs noms".

Avec AFP

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