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A Bouar, on vit la peur au ventre


Des anti-balaka continuent de semer la terreur, alors que l'Union européenne s'apprête à envoyer des renforts en Centrafrique

Des anti-balaka continuent de semer la terreur, alors que l'Union européenne s'apprête à envoyer des renforts en Centrafrique

En dépit des patrouilles de la force Sangaris, les musulmans de Bouar vivent dans la terreur, notamment de la nuit, lorsque les voleurs partent à l'assaut.

A Bouar, à quelque 400 km à l’ouest de Bangui, un calme relatif règne, mais la communauté musulmane est confrontée à des pillages sans fin, et vit la peur au ventre, signale notre envoyé spécial, Bagassi Koura.

Grand de taille, la barbe blanche, Moustapha Amoa, 75 ans, vit dans le quartier Haoussa, le quartier musulman situé dans l’est de Bouar. Mais depuis la chute du régime de la coalition Seleka en janvier dernier, il vit dans l’inquietude, car chaque jour apporte son lot de peine.

"Cette nuit encore, nous avons été agressés. Ils ont commencé chez mes frères avant d’arriver chez moi. Ils nous ont ordonné d’ouvrir le portail. Nous avons refusé", explique M. Amoa.

Le domicile de Moustapha a de grands portails, difficiles à défoncer. Une haute muraille surmontée de fils barbelés et de tessons de bouteilles lui sert de clôture. Il explique que samedi soir, des voleurs ont insiste durant une bonne partie de la nuit. Finalement, c’est le passage dans le quartier d’une patrouille de l’opération Sangaris qui les a fait fuir.
Moustapha était un riche éleveur. Il affirme avoir tout perdu en moins de 3 mois.

"Ils ont pris mes bœufs, à 20 km d’ici. Ils en ont d’abord pris 110. Ensuite ils sont revenus prendre neuf autres."

Lorsque les bandits sont revenus pour la troisième fois, dit-il, ils ont pris 20 chèvres avant d’abattre le reste de son troupeau. Et ce n’est pas tout. « Ils m’ont pris quatre motos ici chez moi. On a pillé les maisons de mes enfants. Ils m’ont pris deux véhicules, un pick-up et une voiture », poursuit l'homme d'affaire.

Moustapha vit désormais avec plusieurs frères, neveux et cousins qui ont tous abandonné, par peur, leur domicile pour venir habiter chez lui. Il croit savoir que les auteurs de ces violences ne sont autres que des anti-Balaka et des voisins du quartier.

‘’Ramener la paix dans notre pays va être difficile. Tous ceux qui nous entourent ont des armes, même un enfant ’’ déplore-t-il.

Des soldats français de l’opération Sangaris mènent des patrouilles et surveillent 24hr sur 24 la mosquée centrale du quartier Haoussa. Pour l’heure, ces efforts n’ont pas dissuadé les bandits.
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