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Décès de William Safire, grande figure du journalisme aux États-Unis


William Safire, éditorialiste conservateur, et prix Pulitzer pour ses chroniques publiées dans le New York Times, journal a tendance libérale, est mort dimanche à l'âge de 79 ans, d’un cancer du pancréas.

Né à New York le 17 décembre 1929, Safire abandonne ses études au bout de deux ans pour rejoindre l’ancien New York Herald Tribune. Mais il allait rapidement quitter le journalisme pour se lancer dans les relations publiques et la publicité.

A l’occasion d’un voyage à Moscou en 1957, il rencontre le vice-président républicain Richard Nixon, qui l’invite à rejoindre sa campagne pour la course a la Maison-Blanche face à John F. Kennedy en 1960, une campagne qu’il allait perdre. Huit ans plus tard, quand Nixon est enfin élu président, il invite Safire à rédiger ses discours. Une transition plutôt facile, expliquait Safire à la Voix de l’Amérique (VOA) en 2008.

« Il s’agissait de savoir changer l'opinion publique américaine. Que l’on vende un produit, ou une idée, et bien quand vous vendez des idées, c’est de la politique » expliquait M. Safire.

A la même époque, le journaliste publie « Le dictionnaire de la politique de Safire », ouvrage dans lequel il décrypte, pour les non-initiés, les mécanismes cachés de la vie politique américaine.

Cherchant à critiquer les opposants à la guerre du Vietnam, défaitistes à son avis, il les fait qualifier par le vice-président de l’époque, Spiro Agnew, de « nattering nabobs of negativism », en l'occurrence de « nababs papotant du négativisme ». Autre expression de Safire entrée dans l’histoire du journalisme américain: « Les hypocondriaques hystériques de l’histoire ».

La carrière du journaliste ne fut pas affectée par le scandale du Watergate, qui aller sonner le glas de celle de Nixon, car un mois avant que n’éclate l’affaire, il avait accepté l’offre du grand quotidien libéral New York Times de rédiger des éditoriaux.

« Ce qu’ils voulaient, c’était un point de vue différent. Je venais de la Maison-Blanche sous Nixon et donc, je présentais un point de vue complètement différent, je contredisais la politique éditoriale du Times, et je l'ai fait pendant 35 ans » expliquait M. Safire.

Le journaliste n’avait pas l’habitude de mâcher ses mots. Parmi les responsables à faire les frais de ses remarques cinglantes : Bert Lance, proche collaborateur du président démocrate Jimmy Carter, que Safire allait fustiger dans un éditorial si bien tourné qu’il allait lui valoir le Prix Pulitzer en 1978.

Impressionné par son habileté à manier les mots, le New York Times lui demande l’année suivante de rédiger des commentaires sur la langue anglaise. Connus sous le titre : « Sur le langage », ils allaient faire la joie des lecteurs tous les dimanches. Alors que le journaliste met fin en 2005 à sa carrière d’éditorialiste, il continue de publier « Sur le language ». Sa dernière rubrique date d’il y a 15 jours avant sa mort.

En 2006, le président George W. Bush lui avait décerné, à l’occasion d’une cérémonie à la Maison Blanche, la prestigieuse Médaille de la liberté.

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