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L'Afrique de l’Ouest vouée à subir de graves sécheresses


L'Afrique de l’Ouest est vouée à subir à nouveau de longues sécheresses comme celle qui a frappé le Sahel dans les années 1970, prédit une étude publiée jeudi dans la revue « Science », rappelant que ce phénomène se reproduit régulièrement depuis 3.000 ans dans cette région.

Une équipe de climatologues américains dirigée par le professeur Timothy Shanahan de l’université du Texas a analysé notamment les dépôts de sédiments dans le lac au Ghana. Chaque année, une nouvelle couche vient se déposer sur les fonds, et c’est en analysant les isotopes d'oxygène présents dans ces couches que les chercheurs ont pu déterminer s’il avait plu ou non, et en quelle quantité.

« Ce lac offre une archive vraiment fantastique des changements climatiques parce qu’il contient des couches annuelles de sédiments, des sédiments apportés au lac durant la saison des pluies » explique le professeur Shanahan. Donc, on peut se faire une idée très précise des changements dans la pluviométrie d’une année à l’autre, ajoute l’expert.

Pour appuyer ces données, les climatologues ont également étudié des arbres morts, dont les troncs sont toujours visibles au milieu du lac Bosumtwi, témoins du fait qu’à une époque, ils avaient pu pousser lorsque le niveau des eaux était nettement inférieur au niveau actuel. L’analyse des anneaux annuels de croissance, qui représentent la quantité de bois produit au cours d'une saison de croissance, a permis de confirmer les résultats obtenus à partir des dépôts de sédiments.

Les chercheurs ont expliqué que l'une des principales hypothèses retenues pour expliquer ces cycles de grande sécheresse en Afrique de l'Ouest est une variation cyclique des températures de la surface de l'océan l'Atlantique appelée « Oscillation atlantique multi-décennale ». Malheureusement, ajoutent-ils, les changements de température provoqués par le réchauffement climatique pourraient créer les mêmes conditions qui se sont traduites par de longues sécheresses dans le passé.

En tout cas, estime le professeur Shanahan, ces travaux permettront de porter un éclairage sur les variations climatiques de l’Afrique de l’Ouest, à l’avenir.

« Les données montrent que des sécheresses autrement plus graves que celles dont nous avons été les témoins durant notre vie surviennent souvent en Afrique de l’Ouest » fait valoir le professeur Shanalan. Il est temps de réfléchir à l’impact que pourrait avoir une sécheresse beaucoup plus grave. Ce sera un véritable défi à l’avenir, ajoute le climatologue, puisque toutes les prévisions montrent que les récoltes diminueront, ce qui rendra la vie d’autant plus difficile aux populations.

La plus récente grande période de sécheresse a débuté vers 1400 et a duré 350 ans. Selon les auteurs de l’étude, les eaux du Lac Bosumtwi auraient, à l’époque, baissé de plus de 30 mètres, contre seulement cinq mètres durant la dernière sècheresse au Sahel, qui a commencé à la fin des années 1960 et a coûté la vie à environ 100 000 personnes.

Rappelons que depuis un demi-siècle, l’Afrique de l’Ouest connait une explosion démographique, par conséquent, le bilan humain d’une nouvelle sècheresse pourrait être beaucoup plus lourd.

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