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Etats-Unis : décès de l’historien John Hope Franklin


L’historien américain John Hope Franklin est mort en Caroline du Nord, à 94 ans. Pionnier des études africaines-américaines, il a aidé les Américains à redécouvrir, repenser un chapitre douloureux de leur histoire. Franklin a eu une influence indéniable sur l’histoire contemporaine des Etats Unis. A preuve, en 1995, le président Bill Clinton lui remet la Médaille de la liberté, la plus haute distinction accordée à un civil dans ce pays. Il lui reconnait le mérite de décrire, sans fard, le racisme dans le Nord et les méfaits de l’esclavage.

Né en 1921 dans une famille pauvre d’une ville à majorité noire d’Oklahoma, John Hope Franklin était petit fils d’esclave. Enfant, il avait vu, avec terreur, des Blancs mettre à sac les quartiers noirs de Tulsa et brûler le cabinet d’avocat de son père. Mais il n’en garde aucune amertume, aucune rancœur quand il parvient à l’âge adulte.

John Hope Franklin obtient de telles bonnes notes à Fisk College, un établissement d’enseignement supérieur noir à Nashville, qu’il réussit à se qualifier pour aller à Harvard, la prestigieuse université. Mais c’était l’époque de la Grande dépression des années 30, et ses parents de Franklin n’avaient pas les moyens de lui payer des études dans un établissement aussi renommé.

C’est alors qu’un jeune blanc lui sauve la mise en empruntant $500 pour lui permettre de payer ses frais d’inscription à Harvard. Quelques années plus tard, John Hope Franklin rédige un ouvrage très respecté sur la condition des Africains-Américains dans le Vieux Sud. Cet ouvrage s’est vendu à plus de trois millions d’exemplaires. Taxé de « révisionnisme », il y décrit le sort peu enviable des Noirs dans le Sud. Il s’attaque même à Thomas Jefferson, l’auteur de la Déclaration d’indépendance, qui possédait des esclaves.

Dans les années 50, les recherches de John Hope Franklin à la Bibliothèque du Congrès ont aidé les militants des droits civiques à convaincre la cour suprême de déclarer « illégale » la ségrégation dans les écoles publiques. « J’étais conscient de l’énorme résistance à laquelle nous nous heurtions. Beaucoup d’Américains auraient préféré mourir plutôt que d’accorder l’égalité des droits aux Noirs », a-t-il expliqué.

L’historien, qui avait enseigné pendant 70 ans, disait qu’il aimerait que ses étudiants « reprennent le flambeau et fassent de l’histoire une force puissante au service du Bien, pour remédier aux maux de notre société, et changer le monde. » Franklin n’aimait pas beaucoup qu’on lui donne l’étiquette « d’historien noir ». Il se considérait, avant tout, comme un auteur qui aide à comprendre, en la replaçant dans une perspective historique, l’expérience de la communauté africaine–américaine aux Etats Unis.

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