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L’électorat américain, de plus en plus polarisé


De nouveaux sondages montrent la polarisation croissante de l’électorat aux États-Unis, à quelques semaines des élections présidentielles et législatives de novembre.

On parle beaucoup ces jours-ci aux États-Unis des “swing states”, les états dans lesquels tout peut basculer, autrement dit, ceux dont l’électorat n’est pas acquis au camp républicain ou démocrate, les deux principaux partis politiques. Par le passé, ces indépendants ont décidé de l’issue de plusieurs élections. Au cours des années 1990 par exemple, on a beaucoup parlé de ces indépendants conservateurs qui ont voté pour maintenir Bill Clinton à la Maison-Blanche, mais ont en même temps voté républicain lors des législatives.

Selon les derniers sondages, la même situation ne va pas nécessairement se reproduire cet automne. En effet, les études montrent que l’électorat est de plus en plus polarisé et que de moins en moins d’Américains s’identifient comme étant vraiment « indépendants » par rapport aux deux principaux partis politiques.

Austin, ville du centre du Texas, a la particularité d’être à majorité démocrate alors que le reste de cet état, dont le président George Bush a été gouverneur, est solidement républicain. Une républicaine de la ville, Mélissa, dit qu’elle évite soigneusement de parler de politique.

« En ce qui concerne la politique, nous n’en parlons qu’avec ceux qui partagent notre point de vue, mais lorsque nous sortons, on parle d’autre chose avec nos amis » explique en substance la jeune femme. Elle ajoute faire comme un nombre croissant d’Américains : elle évite de parler de politique pour éviter que la discussion ne dégénère.

Mais ce n’est pas seulement que les Américains ne parlent plus trop de politique, explique l’écrivain Bill Bishop, auteur d’un ouvrage sur l’influence de la politique sur la vie courante des Américains. C’est également le fait qu’ils choisissent sciemment de ne pas vivre avec des gens qui ne partagent pas leurs convictions.

Lorsque les gens décident de déménager et qu’ils exercent un choix sur l’endroit où ils vont vivre, ils font également un choix politique, explique M. Bishop. Mais comme les nouveaux voisins sont tous d’accord sur leurs positions, ils deviennent encore moins tolérants de ceux qui ne les partagent pas, ajoute-t-il. Lorsqu’ils sont enfin confrontés à des points de vue différents, ce dont ils n’ont plus l’habitude, leur colère est d’autant plus virulente, explique l’écrivain.

Les médias n’arrangent pas les choses, affirme M. Bishop. Certains journaux, certaines chaînes de télévisions, sont également polarisées. Bref, les sondages ne sont pas rassurants. Ils montrent que les Américains sont de moins en moins disposés à faire preuve de flexibilité en politique.

Il y a 30 ans, on négociait davantage au sein des partis politiques ou entre partis politiques, rappelle l’expert. M. Bishop s’inquiète des chiffres qui montrent que certains comtés penchent en faveur d’un candidat précis par au moins 20% pour cent des intentions de vote. En 1976, environ 27 % des comtés du pays votaient ainsi. Aujourd’hui, ce chiffre est passé à prés de 50%, reflétant une plus grande rigidité de l’électorat.

L’écrivain compte sur les prochaines générations pour redonner une plus grande souplesse au système. L’avenir, ce n’est pas les baby-boomers qui ont la cinquantaine ou la soixantaine, explique-t-il. Les jeunes sont moins catégoriques dans leurs opinions, dit-il.

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