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Etats-Unis : un tribunal fédéral conteste la notion de « combattant ennemi »


Une grande première dans l'affaire des suspects de terrorisme emprisonnés à la base américaine de Guantanamo Bay à Cuba : un tribunal fédéral a cassé la classification d'un détenu considéré comme « combattant ennemi ».

La Cour d'appel de Washington s'est prononcée en faveur du musulman chinois Huzaifa Parhat, un Ouighour qui a passé les six dernières années en détention à Guantanamo . Il fait partie de la centaine de prisonniers contestant, en justice, leur classification comme combattants ennemis. La cour a donné trois choix au Pentagone : libérer Huzaifa Parhat, le transférer hors de Guantanamo ou entamer, de nouveau, la procédure pour déterminer son statut juridique.

Un certain nombre de Ouighours sont détenus à Guantanamo. Le gouvernement américain se dit convaincu que plusieurs d'entre eux ont des liens avec le réseau terroriste Al-Qaida. Toutefois, Washington reconnaît qu'aucun des Ouighours emprisonnés à Guantanamo ne s'est battu contre les Etats-Unis et n'a participé aux attentats terroristes du 11 septembre 2001 à New York et Washington.

Pour les organisations de défense des droits humains, la décision de la cour d'appel fédérale de Washington est un nouveau développement crucial pour les détenus de Guantanamo, qui pourrait cependant n'avoir aucun retombée pratique pour Huzaifa Parhat.

« C'est un Chinois Ouighour et il y en a déjà un certain nombre en détention à Guantanamo qui ne sont déjà plus considérés ''combattants ennemis''. Mais ils ne peuvent pas quitter Guantanamo car ils n'ont nulle part où aller. On ne peut pas les renvoyer en Chine, car il est à craindre qu'ils ne soient soumis à la torture. Les Etats Unis ne les renverront pas dans leur pays d'origine. De sorte que les Ouighours sont bel et bien coincés à Guantanamo » explique Stacy Sullivan, conseillère en contre-terrorisme à Human Rights Watch, organisation de défense des droits humains basée à New York

Pour mémoire, en 2006, les Etats Unis avaient relâché cinq Ouighours détenus à Guantanamo et les avaient réinstallés en Albanie. La Chine, qui considère les Ouighours comme des terroristes et des séparatistes avait exigé, de l'Albanie, qu'elle les lui restitue. L'Albanie s'y était refusée.

Le sort des Ouighours emprisonnés à la base de Guantanamo illustre le dilemme auquel seront confrontés les Etats Unis si, à un moment donné, ils décident de fermer le centre de détention, fait observer cette conseillère de Human Rights Watch.

« Il y a, en ce moment, une cinquantaine de détenus qui ont fait savoir qu'ils ne veulent pas rentrer chez eux, de crainte d'être torturés: des Ouzbekes, des Libyens, des Ouighours et des détenus de plusieurs autres nationalités. Que faut-il en faire ? Il est tout simple de faire sortir ceux pour lesquels on sait qu'ils ont eu des activités terroristes et de les faire juger par des tribunaux fédéraux. En revanche, pour ces 50 détenus qui ne veulent pas rentrer chez eux, on ne sait pas ce qu'il va advenir d'eux, de sorte qu'il sera réellement difficile de fermer Guantanamo », fait valoir Stacy Sullivan…

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