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Les droits fondamentaux toujours bafoués en Guinée Équatoriale, affirment des avocats


Si la Guinée Équatoriale est devenue un Eldorado de l’or noir en Afrique centrale, le pays est encore loin d’être un paradis des droits fondamentaux.

Les avocats de Guinée Équatoriale avouent qu’ils ont du mal à défendre les droits de la personne, le pays étant fréquemment décrit comme l’un des États du continent africain qui violent le plus les libertés élémentaires. Parmi les violations relevées par l’ONG Amnesty International : les arrestations pour des motifs politiques, les détentions arbitraires sans inculpation ni jugement; des conditions carcérales difficiles, l’interdiction de se réunir ou encore des expulsions forcées de familles de leurs domiciles.

En juillet 2007, une mission du Haut commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme (HCDH) a exprimé sa « profonde préoccupation » au sujet de « la situation générale relative à la privation de liberté » dans ce pays.

L’avocat Fabian Nsue Nguema, un des principaux dirigeants de l’opposition, montre une lettre rédigée par une femme dont l’époux est incarcéré et ne bénéficie d’aucun recours juridique. Il présente également des photos d’un militant de l’opposition récemment tué dans la prison de Black Beach à Malabo. Les autorités parlent de suicide, mais l’avocat s’inscrit en faux. Il est grotesque de parler de suicide, affirme Maître Nguema, d’autant que la prison est sous surveillance vidéo. Lui-même affirme avoir été détenu dans cette même prison pendant 5 mois et demi en 2002, pour « complicité d’injure et de calomnies envers le chef de l’État », le président Teodoro Obiang Nguema, au pouvoir depuis son coup d’État en 1979.

Pour Maître Nguema, la Guinée Équatoriale est un état répressif. Même si la communauté internationale a interpellé le gouvernement au sujet des violations des droits fondamentaux, la situation a empiré, estime Maître Nguema. Des arrestations arbitraires surviennent chaque semaine, les détenus sont incarcérés pour une période indéterminée sans jamais être traduits en justice et on recense des dizaines de prisonniers politiques. Quant aux juges, ils ne sont pas bien formés, et ne sont pas indépendants. Quant les autorités veulent sévir, elles prennent pour prétexte des tentatives de coup d’État présumées, affirme un autre avocat, Maître Ponciano Mbomio Nvo. Les avocats ont été privés de leur rôle, puisqu’on ne reconnaît pratiquement pas aux détenus le droit de se défendre.

Les avocats sont souvent persécutés, du fait qu’on les associe, à tort, à ceux qu’ils cherchent à défendre, ajoute Maître Mbomio Nvo. Si vous défendez un assassin, on dira de vous que vous en êtes un, explique l’avocat.

Le vice-président de la Commission nationale des droits de l’homme, Carmelo Mocong, affirme que la commission a récemment enquêté sur des allégations de torture dans la prison de Black Beach. Elle a ensuite offert des suggestions pour y améliorer le respect des droits fondamentaux.

La situation est complexe, affirme M. Mocong. Le problème est le même qu’ailleurs dans le monde, et on ne saurait parler de formule magique pour régler les violations des droits fondamentaux. Chaque pays peut résoudre ce problème à sa façon, et on signale quand même des progrès en Guinée Équatoriale ces dernières années.

Néanmoins, Maître Ponciano Mbomio Nvo reste sceptique. En l’absence d’un cadre juridique pour améliorer la qualité de vie, tout le pétrole du pays ne servira à rien, estime-il.

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