Liens d'accessibilité

Africom : la monumentale tâche de conquérir le cœur de l’Afrique


Beaucoup d’Africains estiment que Washington tente de s’ingérer politiquement dans les affaires du continent, de créer un nouveau front dans la lutte contre le terrorisme international et d’accéder aux ressources de l’Afrique. D’où la conviction de certains observateurs que Washington aura du mal à faire accepter son Commandement militaire régional pour l’Afrique (Africom).

Plusieurs vont jusqu’à dire que l’Africom est une catastrophe pour les Etats-Unis au plan des relations publiques, puisque Washington a placé les pays africains devant un fait accompli, sans procéder aux consultations nécessaires. Le général James Jamerson, ancien commandant en chef adjoint du Commandement des forces américaines en Europe, dit même craindre que l’Africom n’échoue dans ses missions si l’on ne s’assure pas la coopération de l’Afrique.

Stewart Patrick, politologue au Centre pour le développement global ici à Washington, affirme tout de go que Washington n’a pas été en mesure d’expliquer ses objectifs aux africains. « Ici à Washington, où j’ai assisté à de nombreuses discussions sur l’Africom, y compris avec des officiels du département de la Défense, du département d’Etat et d’ailleurs dans le gouvernement - j’ai été frappé par le manque de clarté quant au possible impact du commandement sur la vie quotidienne en Afrique », déclare en substance M. Patrick.

Il est clair pourtant que les responsables de l’Africom redoublent d’efforts pour redorer son image de marque. Theresa Whelan, vice-ministre adjointe américaine de la Défense chargée des affaires africaines, se veut candide à ce sujet. « Je pense qu’il est important que tout le monde comprenne que nous ne pensons pas avoir réussi dans ce domaine. Nous sommes fermement convaincus que nous avons probablement fait une gaffe, d’une façon ou d’une autre, mais nous ne sommes pas tout à fait sûrs comment », a-t-elle admis.

Selon certains observateurs, ce type de commentaire ne peut qu’apaiser les craintes des Africains sur l’Africom. Mais Wafula Okumu, analyste à l’Institut d’études de la sécurité d’Afrique du Sud, pense que l’administration Bush ferait mieux de chercher à obtenir l’aval de l’Union africaine, à qui incombe la responsabilité de maintenir la sécurité et la paix en Afrique.

Et puis, il faudrait abandonner l’idée que l’Africom vise à éliminer le terrorisme en Afrique, ou que le commandement va aider les états en faillite. Des arguments qui déplaisent aux africains, estime M. Okumu. Pour lui, les Africains n’accepteront l’Africom que si le commandement se limite à former des soldats de maintien de la paix ou à porter une assistance en cas de désastre, tout en évitant soigneusement de s’impliquer dans la politique.

Le général Jamerson est plus philosophe. « Washington devrait comprendre qu’il y aura toujours une certaine résistance à la présence américaine en Afrique », dit-il. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas essayer, ajoute l’ancien No 2 du Commandement des forces américaines en Europe.

Pour l’ex-commandant en chef de l’armée éthiopienne, le Général Tsadkan Gebretensae, l’Africom est à la croisée des chemins. Son sort dépendra de la capacité de ses dirigeants de convaincre les Africains que l’Africom améliorera la situation sur le continent, a déclaré le général Tsad-kan.

XS
SM
MD
LG