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Des députés américains présentent des excuses à un Canadien livré par Washington à la Syrie


Maher Arar avait été arrêté à l’aéroport John F. Kennedy de New York en septembre 2002, alors qu'il était en transit entre un vol en provenance de Tunisie et un autre à destination du Canada. Les autorités canadiennes l’avaient qualifié, ainsi que son épouse, d’extrémistes musulmans et soupçonnaient qu’ils étaient liés au réseau terroriste Al Qaïda.

En dépit de ses démentis et protestations, M. Arar avait été d’abord été expulsé vers la Jordanie, puis détenu en Syrie, dans le cadre d'un programme antiterroriste américain baptisé «rendition», c’est à dire extradition extraordinaire. Torturé pendant 10 mois par les services de renseignements de l’armée syrienne, il devait être libéré en octobre 2003.

M. Arar n’a jamais été inculpé du moindre délit, ni aux États-Unis, ni au Canada. Au terme d’une enquête de deux ans et demi, les autorités canadiennes l’ont blanchi de tout lien avec une organisation terroriste quelconque, et ont donné l’ordre de lui verser plus de 10 millions de dollars d’indemnisation pour ses souffrances.

Mais il est toujours interdit de séjour aux Etats-Unis. Ce qui explique pourquoi cet ingénieur en télécommunications de 37 ans a témoigné cette semaine par vidéoconférence d'Ottawa devant une commission de la Chambre des représentants américaine. Il a qualifié d’«immorale» la pratique de l’extradition extraordinaire.

«Que ce soit bien clair: je ne suis pas un terroriste. Je ne suis pas un membre d'Al-Qaïda ou de tout autre groupe terroriste. Je suis un père de famille, un époux et un ingénieur. Je suis également une victime de la pratique immorale d'extradition extraordinaire» a souligné M. Arar.

Les parlementaires américains se sont confondus en excuses, en exprimant le regret que l’administration Bush n’ait pas fait de même. «Monsieur Arar, laissez-moi vous présenter personnellement ce que notre gouvernement ne vous a pas offert: des excuses», a déclaré le démocrate William Delahunt, membre de la commission des Affaires étrangères à la Chambre des représentants. «Laissez-moi vous offrir, ainsi qu'au peuple canadien, des excuses pour le rôle de notre gouvernement dans cette erreur», a ajouté le député Delahunt.

Néanmoins certains parlementaires républicains, dont Trent Franks et Dana Rohrabacher, tout en offrant également des excuses, ont défendu la pratique de l'extradition extraordinaire.

«Je crois sincèrement que l’histoire de M. Arar, en fin de compte, apparaîtra non pas comme un échec de la politique américaine d’extradition extraordinaire, mais comme un échec anormal dans des circonstances particulières, conséquence de renseignements et informations erronés fournis par le Canada» a affirmé le député Trent Franks. «Une erreur dans le programme ne signifie pas que le programme en lui-même soit mauvais» a souligné le député Rohrabacher.

M. Arar a décrit, dans le détail, les sévices dont il avait fait l’objet en Syrie; il a notamment été fouetté avec un câble électrique. On l'a menacé du supplice de la «chaise allemande» et du supplice du «pneu» ainsi que de chocs électriques. On l’a forcé à admettre qu’il s’était rendu en Afghanistan, ce qui était faux. On lui faisait écouter les hurlements d'autres prisonniers qu'on torturait. «Ce sont les cris des femmes qui me hantent toujours», a-t-il dit.

La Maison-Blanche ne s’était pas fait représenter à ces audiences au Congrès, mais elle a toujours maintenu qu’elle a respecté ses obligations juridiques dans cette affaire parce que les gouvernements étrangers lui assurent qu’ils n’ont pas recours à la torture. Des arguments qui ne font pas l’unanimité parmi les experts juridiques, ni au Congrès. «Il me semble qu’en tant que nation, nous ne devons pas échapper à ces tabous juridiques importants en livrant des suspects à des pays, pour qu’on les torture» a déclaré le député démocrate John Conyers.

Pour Frederick Hitz, professeur au Centre de droit sur la sécurité nationale à l’université de Virginie, il ne fait aucun doute que les extraditions extraordinaires devraient être illégales.

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