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États-Unis : la controverse persiste sur les groupes de pression


En 2006, un puissant lobbyiste, Jack Abramoff, a été condamné à près de 6 ans de réclusion, après avoir plaidé coupable devant un tribunal fédéral pour «fraude, évasion fiscale et complot pour corrompre des officiels»; en échange, il avait promis de coopérer avec les autorités fédérales dans le cadre de leur enquête.

Abramoff s’était fait remarquer pour avoir dépouillé de plus de 45 millions de dollars quatre tribus indiennes inquiètes de l'avenir de leur industrie du jeu. Au lieu de les appuyer dans leurs efforts, Abramoff avait coopéré avec des activistes conservateurs religieux pour faire fermer le casino d’une de ces tribus. Par la suite, il avait invité la tribu en question à lui verser environ 4,2 millions de dollars pour tenter de persuader le Congrès de laisser rouvrir le casino.

Selon l’expert en sciences politiques Allan Lichtmann, d’American University ici à Washington, Abramoff était connu non seulement pour dresser ses propres clients les uns contre les autres, mais aussi pour avoir fait des dons douteux aux membres du Congrès. «Jack Abramoff payait pour envoyer des membres du Congrès et d’autres décideurs influents aux Iles Mariannes dans le Pacifique, parce que les propriétaires des usines de textiles de ces îles étaient ses clients, et il cherchait à réunir des soutiens pour que l’on continue à les exempter de l’obligation de payer leur personnel au salaire minimum et autres lois sur l’emploi» explique le professeur Lichtmann.

Selon le Center for Responsive Politics, le Centre pour les politiques responsables, une ONG, M. Abramoff versait des pots-de-vin à des membres du Congrès et à leurs collaborateurs, en leur offrant des cadeaux, des dons à leurs campagnes électorales, des repas et voyages gratuits ou des billets pour des matchs, ou encore en embauchant des membres de leurs familles ou leurs collaborateurs.

«Présenter une requête au gouvernement des États-Unis et plaider son cas sur une question déterminée sont des droits protégés par la Constitution. Mais si des membres du gouvernement donnent quelque chose en échange de l’argent que vous leur avez versé, ou d’autres services spéciaux, alors c’est illégal» explique M. Ritsch, responsable du Center for Responsive Politics. Souvent, les groupes de pression offrent leur propre version des propositions de loi dont ils souhaitent l’adoption par le Congrès. Mais les excès tels que ceux commis par Jack Abramoff sont rares.

Les allocations spéciales de fonds restent une pratique controversée, ajoute M. Ritsch. Les lobbies tentent de lever des fonds pour leurs clients en faisant allouer des sommes spécifiques à certains projets, institutions ou entreprises. Selon un récent rapport de la Heritage Foundation, un centre de recherche, un grand nombre de groupes ont pu obtenir des fonds spéciaux après avoir embauché des lobbyistes qui étaient des parents de parlementaires, ou de leurs collaborateurs.

En dix ans, le nombre d’allocations spéciales de fonds a triplé, passant à 16.000, note le Centre de recherche du Congrès. Ces allocations permettent aux parlementaires d'être favorablement perçus par leurs électeurs, mais ne servent pas nécessairement le bien public. «L’un des exemples les plus célèbres d’allocation de fonds ces dernières années, c’est le cas du sénateur de l’Alaska qui avait réussi à obtenir des centaines de millions de dollars pour la construction d’un pont reliant une île déserte», déclare le professeur Lichtmann d’American University.

Le scandale suscité par l’affaire Abramoff, et la nouvelle que des membres du Congrès avaient accepté des pots-de-vin, ont forcé les législateurs à faire des efforts de transparence avec, notamment, l’adoption d’une nouvelle loi visant à réduire l’influence des lobbyistes. Néanmoins, ces derniers demeurent omniprésents, estime le professeur Lichtmann.

D’autres experts ne sont pas d’accord. Pour John Samples, de l’Institut Cato dans la capitale américaine, les membres du Congrès sont maintenant beaucoup plus sensibles à l’opinion publique. En fait, le nombre et l’influence des groupes de pression dépendent surtout des activités du gouvernement et de sa taille, ajoute-t-il. Si l’on réduit les effectifs de la fonction publique, il se pourrait que nombre de lobbyistes disparaissent également, estime M. Samples.

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