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États-Unis : controverse face au projet de l’administration Bush d’user des satellites espions pour renforcer la sécurité interne


Le différend persiste entre le Congrès et l’administration Bush concernant le projet de la Maison-Blanche d’autoriser les agences de sécurité américaines à utiliser les satellites espions pour renforcer la sécurité interne aux États-Unis.

Selon le département de la sécurité intérieure, les satellites espions serviront à renforcer le contrôle aux frontières ou à secourir les victimes de désastres naturels. Mais certains parlementaires américains, tout comme les organisations de défense des libertés civiles, estiment que le projet pourrait servir à espionner la population, enfreignant le droit à l’intimité des Américains, un droit protégé par la Constitution.

Les États-Unis ont été le premier pays à mettre en place un système d'observation de la Terre par satellite dans le but de surveiller les menaces militaires potentielles. Cela fait des dizaines d’années que ces satellites artificiels recueillent des informations sur des pays étrangers ou des installations civiles ou militaires, souvent à leur insu. Les satellites militaires servent également à surveiller les mouvements terroristes et les essais nucléaires menés à travers le monde.

Lors d’audiences au Congrès, un haut responsable du département de la sécurité intérieure, Charles Allen, a fait valoir que ces satellites pourraient maintenant servir pour la sécurité des ports et des frontières, pour les grands évènements nationaux ou encore la gestion des désastres naturels et l’immigration illégale.

«Dans les conditions actuelles, surtout dans le cadre de l’environnement sécuritaire intérieur de plus en plus incertain, où nous sommes confrontés à une menace soutenue et accrue, il est essentiel que notre gouvernement utilise toutes ses capacités pour assurer la sécurité et le bien-être des citoyens», a fait valoir Charles Allen.

Ces arguments n’ont pas convaincu tous les parlementaires. Certains redoutent ce qu’ils considèrent comme une nouvelle menace aux libertés civiles. La député démocrate Jane Harman a appelé à un moratoire sur le programme, tant que le département de la sécurité intérieure n’aura pas fourni davantage d’informations sur le contrôle juridique de ses activités.

«Ce qui m’inquiète, c’est que même si ce programme est bien préparé et exécuté avec prudence par vous tous - et je pense que vous êtes de bonne foi - il se pourrait que quelqu’un ailleurs dans l’administration le détourne et s’en serve à d’autres fins» a expliqué la député Jane Harman.

Utiliser des satellites militaires sur le territoire américain pourrait revenir à enfreindre la législation qui interdit à l’armée de faire respecter la loi sur le territoire américain. Le Pentagone est propriétaire et gérant des satellites espions, qui peuvent voir à travers les nuages et même les bâtiments.

Un autre député, le républicain Paul Broun, s’est lui aussi inquiété du manque de contrôle du projet. «Je pense que chaque membre de cette commission souhaite garantir la sécurité du pays. Mais en ce qui me concerne, je ne suis pas disposé à renoncer à mes libertés constitutionnelles» au profit de votre agence ou de n’importe quelle autre, a déclaré le député Broun.

Barry Steinhardt , directeur du programme de l'ACLU sur la technologie et les libertés civiles, s’indigne de ce qu’il considère comme un nouveau pas vers une société sous surveillance. Le gouvernement américain veut utiliser ses satellites espions pour observer sa propre population, souligne le responsable de l'Union américaine pour les libertés civiles.

Ce à quoi Charles Allen, du département de la sécurité intérieure, rétorque que les satellites espions servent depuis des décennies à surveiller la météo ou l’environnement. Le gouvernement se servira des données avec la plus grande prudence et ne cherchera pas à pénétrer chez des individus, dit-il, d’autant plus que c’est impossible à partir de l’espace.

Une nouvelle section au sein du département de la sécurité intérieure se chargera à partir du premier octobre de collecter et de distribuer les images satellites aux organisations civiles qui les demandent.

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