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États-Unis : le contrôleur général David Walker en campagne contre les déficits budgétaires


La tournée du contrôleur général David Walker, qui s’étalera sur deux ans, s’intitule: «Tournée du réveil fiscal». Elle vise à alerter les Américains quant aux risques posés par les déficits budgétaires du gouvernement. Jeudi, le département américain du Trésor a annoncé que le déficit budgétaire fédéral a atteint un chiffre record de 117 milliards de dollars en août, même s’il est en baisse sur l’ensemble de l’année par rapport à 2006.

David Walker n’opère pas en solitaire. Il est accompagné d’experts financiers - des libéraux comme des conservateurs. Notamment Isabel Sawhill de la Brookings Institution, un institut libéral basé ici à Washington. Alison Acosta Fraser de la Fondation Heritage, à tendance conservatrice et Robert Bixby de la Concord Coalition, organisation indépendante.

L’équipe a fait récemment escale à Los Angeles pour une conférence parrainée par l’organisation Town Hall Los Angeles. A cette occasion, M. Walker a réitéré son avertissement au public américain. «Pendant un certain temps, il y a eu des gens qui ont dit de ne pas s’inquiéter, que le problème des déficits serait résorbé par la croissance. D’autres ont dit que les déficits n’ont aucune importance. Je pense qu’en gros, on ne prend plus ces gens au sérieux», a déclaré le contrôleur général des États-Unis.

Selon le Fonds monétaire international, le déficit extérieur courant des États-Unis atteint des niveaux sans précédents, financés par une dette record, aux mains d'investisseurs étrangers. Nul ne peut imaginer que l'appétit des investisseurs pour les actifs américains va continuer à croître indéfiniment, avertit le FMI.

Certes les déficits budgétaires ont diminué ces trois dernières années. Mais cette bonne nouvelle est trompeuse, ajoute M. Walker. En gros, les États-Unis engrangent des recettes fiscales équivalentes à 18 pour cent de leur produit intérieur brut, mais dépensent l’équivalent de 20 pour cent. Les États-Unis ont pris des engagements et assumé des obligations chiffrées à 50 mille milliards de dollars, soit 440 mille dollars par foyer, explique le contrôleur général.

«Le vrai problème, ce n’est pas le passé ou le présent. C’est la direction prise, parce que nous allons être confrontés à un véritable raz-de-marée de dépenses dans lequel l’état pourrait se noyer si l’on ne commence pas à faire des choix difficiles. Et l’élément clé, c’est que le prochain président devra donner priorité à cette question» affirme David Walker.

Aux États-Unis, la «Social Security», ou Sécurité sociale est une retraite fédérale calculée en fonction du nombre d’années travaillées, des cotisations versées et de l’inflation. Elle est assortie du «Medicare», une assurance-maladie financée par l’État fédéral pour les retraités et les handicapés. Selon M. Walker, la Sécurité sociale tout comme le Medicare devraient être réformés, car ils dévorent déjà à eux deux 40 pour cent du budget fédéral. Il faudrait également revoir le régime fiscal, estime M. Walker.

Pour Robert Bixby de la Concord Coalition, c’est une question morale autant qu’économique. «Ce que nous faisons avec nos politiques fiscales actuelles, c’est déverser une masse de dettes sur les prochaines générations, et c’est injuste vis à vis d’elles. Nos ancêtres ne l’ont pas fait. Ils nous ont toujours laissé un pays en pleine forme. Ce n’est pas une question d’être démocrate ou républicain, libéral ou conservateur» affirme M. Bixby.

L’équipe de Robert Walker s’inquiète du fait que pour l’instant, les candidats à l’élection présidentielle de 2008 se sont refusés, pour la plupart, à s’attaquer aux questions économiques. Côté républicain, on promet de ne pas alourdir la fiscalité. Côté démocrate, on assure qu’on ne touchera pas à la Sécurité sociale et au Medicare.

Néanmoins, affirme Isabel Sawhill de la Brookings Institution, il faudra éventuellement à la fois réduire les allocations et renforcer la fiscalité. D’autant que les États-Unis, comme ils consomment plus qu’ils ne produisent, compromettent leur sécurité nationale en empruntant aux banques centrales et gouvernements étrangers, estime Madame Sawhill. La Chine notamment a accumulé près de 420 milliards de dollars en bonds du Trésor américain. Plusieurs pays producteurs de pétrole contrôlent également une bonne partie de la dette extérieure des États-Unis. Washington est donc vulnérable à des pressions, fait valoir Madame Sawhill.

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