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USA : nouvelle campagne contre l’emploi d’immigrants clandestins


Le gouvernement fédéral américain a lancé une campagne contre les entreprises employant des immigrants clandestins depuis l’échec du projet de réforme de l’immigration présenté au Congrès, il y a quelques mois. Les agences fédérales compétentes en la matière appliquent maintenant, à la lettre, les lois relatives aux questions d’immigration. Résultat: une avalanche de descentes de police dans les entreprises soupçonnées d’embaucher des « clandestins. »

Des milliers de suspects, pour la plupart originaires d’Amérique Latine, ont été appréhendés et un grand nombre de patrons risquent des poursuites judiciaires. Le ministère de la Sécurité intérieure, dont dépendent les services d’immigration, répète à l’envi que la loi fait obligation aux chefs d’entreprise de vérifier si leurs employés sont en règle, qu’ils ont le droit de travailler aux Etats-Unis. Le meilleur moyen de le faire: exiger la carte de sécurité sociale du demandeur d’emploi et consulter les banques de données du gouvernement pour confirmer l’authenticité du document, souligne le patron du ministère, Michael Chertoff.

Selon l’office de la Sécurité sociale, qui collecte les contributions pour la pension-vieillesse, plus de 500 milliards de dollars de revenus ont été déclarés l’année dernière par des personnes dont les noms ne correspondent pas à leur carte de sécurité sociale. Et parfois, des dizaines de travailleurs, dans plusieurs états, utilisent la même carte, une tactique couramment utilisée par les clandestins pour trouver un emploi. Le ministre de la sécurité intérieure Michael Chertof a un message très simple pour les patrons prêts à ignorer la loi pour se procurer une main-d’œuvre bon marché. « Nous vous tomberons dessus à bras raccourcis », a-t-il averti.

Pour les organisations patronales, le gouvernement contraint les chefs d’entreprise à jouer les « gendarmes », à faire office d’agents des services d’immigration ; politique qui, à court terme, risque d’engendrer une pénurie de main-d’oeuvre dans certains secteurs clés de l’économie, comme l’agriculture, disent-elles. Certains exploitants agricoles envisagent même de vendre leurs terres et de s’installer à l’étranger, affirme Austin Perez, haut responsable de la fédération américaine des agriculteurs. « L’agriculture va être plus délocalisée. Il y aura davantage de denrées produites à l’étranger. Et le prix de la nourriture va augmenter », ajoute monsieur Perez.

Même les partisans de l’application stricte des lois sur l’immigration ne sont pas convaincus par la nouvelle politique des pouvoirs publics, face à l’immigration clandestine. Ils estiment que c’est avant tout un geste symbolique de l’administration Bush, qui n’a pas fait de zèle dans ce domaine pendant des années. « Nous voulons des résultats concrets et une application cohérente des lois sur l’immigration. L’administration Bush arrive à son terme. Et elle s’y prend vraiment très tard », explique John Keely, un expert du Centre pour les études sur l’immigration basé à Washington.

Critiques également de la part des défenseurs des immigrants, qui disent craindre une vague de discrimination des employeurs, à l’égard des gens d’origine hispanique, quel que soit leur statut au regard de loi. Ils estiment aussi que la nouvelle politique de l’administration Bush met trop l’accent sur la répression. Pour Eleanor Pelta, membre de l’association des avocats spécialistes des questions d’immigration, « Le problème est que cette approche ne propose pas de solution pour remédier aux causes fondamentales de la situation. On peut faire appliquer la loi à la lettre... Mais çà ne va pas alléger la pression aux frontières. »

L’administration Bush le reconnaît, mais en l’absence d’une réforme du système d’immigration, elle dit n’avoir pas le choix.

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