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États-Unis: réactions au décès du célèbre évangéliste américain Jerry Falwell


Le prêcheur est mort mardi à l’âge de 73 ans de complications cardiaques, peu après avoir été retrouvé inconscient dans son bureau de l’Université de la Liberté à Lynchburg en Virginie.

Avec la mort du pasteur Falwell, c’est toute une page de l’histoire de la vie politique des États-Unis qui se tourne. En effet, Jerry Falwell a été le principal artisan de la transformation de la droite religieuse américaine en mouvement politique et financier. Il avait fondé en 1979 le mouvement conservateur chrétien "Moral Majority”, la “Majorité morale”, qui a contribué à l’élection du président Ronald Reagan et à la prise du contrôle du Sénat par les républicains en 1980.

«L’avortement, les valeurs familiales, les assises morales de la nation, ce que nous appelons l’éthique judéo-chrétienne, c’est important pour nous» affirmait alors le pasteur Falwell.

La Maison Blanche a immédiatement réagi mardi au décès de Jerry Falwell. Le porte-parole de la présidence, Tony Snow, a fait l’éloge du défunt et présenté ses condoléances à ses proches. Idem au Congrès, où le chef de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell a dit du prêcheur: «C’était certainement une importante personnalité du monde de la religion et de la politique américaine ces 20 dernières années, et je sais qu’il sera très, très regretté».

Le pasteur Falwell a débuté sa carrière religieuse en 1956, dans une petite église baptiste de Virginie dont il avait pris la tête. Il a été l’un des premiers prédicateurs à se servir de la télévision pour se forger une réputation nationale et recruter des fidèles, notamment par le biais du programme «The Old Time Gospel Hour». Peu à peu, il a créé un véritable empire commercial basé sur la religion et comprenant non seulement l’Université de la Liberté, mais aussi des chaînes de radio et de télévision ainsi que des magazines.

Après l’élection de Ronald Reagan, Jerry Falwell est devenu le véritable porte-parole de la droite religieuse américaine, la Majorité morale rassemblant plusieurs millions de membres. Ce qui a fait de lui un invité privilégié à la Maison Blanche. Tout au long des années 1980, son mouvement a soutenu les hommes politiques conservateurs et milité contre l’interruption volontaire de grossesse, l’homosexualité, la pornographie et l’interdiction de la prière à l’école. La majorité morale a défendu bec et ongle la famille traditionnelle et a donné la priorité à la sécurité nationale.

S’il était l’un des grands favoris de la droite religieuse, Jerry Falwell n’en a pas moins été souvent l’objet de critiques dans d’autres secteurs de la vie politico-religieuse américaine. Exemple: peu après les attentats du 11 septembre 2001, il avait accusé les féministes, les gauchistes et les homosexuels d’avoir provoqué les attaques à cause de leur tentative de laïcisation de l'Amérique". Une affirmation qui avait suscité un tel tollé qu’il avait dû par la suite présenter des excuses.

Durant la campagne pour l’élection présidentielle de 2000, le sénateur conservateur de l'Arizona, le républicain John McCain, avait particulièrement ciblé le pasteur Falwell. «Aucun parti ne devrait être défini par la façon dont il courtise les marges extrêmes de la politique américaine, et les agents de l’intolérance, qu’il s’agisse, à gauche, d’un Louis Farrakhan ou Al Sharpton, ou, à droite, de Pat Robertson ou Jerry Falwell» avait alors déclaré le sénateur McCain, qui n’a pas obtenu la nomination du parti républicain, notamment à cause du mépris affiché pour la droite religieuse.

Fatigué, selon lui, d’être toujours pris pour cible, Jerry Falwell avait quitté la Majorité morale en 1987 pour se consacrer à l’Université de la Liberté à Lynchburg, qu’il avait fondé en 1971. Récemment, il s’était intéressé au réchauffement climatique, disant qu’on exagérait cette menace.

Pour ses anciens alliés, Jerry Falwell reste la personnalité qui aura réussi à unir la droite religieuse et à la transformer en puissante arme politique. «Il n’a jamais douté du fait que c’était ce qu’il fallait faire, que les chrétiens devaient s’inscrire sur les registres électoraux, qu’ils devaient voter pour ceux qui incarnaient leurs valeurs et credo» affirme le pasteur Louis Sheldon, président de la Coalition des valeurs traditionnelles.

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