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USA: Controverse autour des mémoires de l’ancien patron de la CIA, George Tenet


George Tenet vient de publier ses mémoires intitulés «At the Center of the Storm», «Au cœur de la tempête. » Cet ouvrage fait beaucoup de bruit car George Tenet, qui a démissionné de la direction de l'Agence centrale du renseignement en juillet 2004, livre sa version des événements ayant précédé l'invasion de l'Irak, notamment la question des armes de destruction massive présumées de Saddam Hussein.

M. Tenet reconnaît que la plupart des renseignements recueillis avant le conflit étaient erronés. Mais, précise-t-il, les services secrets ont fait de leur mieux. Et de toute façon, l’administration Bush a choisi la guerre contre l’Irak sans qu'aucun débat sérieux sur l'imminence de la menace irakienne n'ait eu lieu au sein du gouvernement américain, ajoute l’ancien directeur de la CIA.

Dans des interviews accompagnant la publication de ses mémoires, George Tenet a aussi reproché à des responsables de l'administration Bush d'avoir compromis sa réputation en déformant ses propos, notamment l'expression «slam dunk», empruntée au vocabulaire du basket-ball et signifiant une certitude absolue, qu'il aurait employée pour dire à quel point il serait aisé de trouver des armes de destruction massive en Irak. Selon George Tenet, cette expression a été mentionnée hors contexte et il ne l'aurait pas utilisée pour parler de ces armes, qui n’ont jamais été découvertes en Irak après la chute du régime de Saddam Hussein.

Réglant toujours ses comptes avec le président Bush, l’ancien patron de la CIA a fait valoir que la Maison Blanche n’avait pas vraiment compris l’envergure de la menace terroriste avant le 11 septembre 2001. M. Tenet dit avoir été éconduit avant les attentats de New York et Washington, alors qu’il voulait communiquer des informations alarmantes sur une attaque terroriste en préparation.

Les mémoires de George Tenet ont immédiatement suscité une vive controverse. La secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice a nié que le président George W. Bush soit arrivé à la Maison Blanche en 2001 déjà décidé à envahir l’Irak. «C’est faux», a-t-elle dit. Selon le colonel Lawrence Wilkerson, ancien adjoint de Colin Powell, le prédécesseur de Mme Rice à la tête de la diplomatie américaine, M. Tenet était un type sympathique et populaire à la CIA. Mais il a mal servi la patrie en fournissant à l’administration Bush des renseignements inexacts.

«Je ne pense pas que l’administration Bush, et notamment le secrétaire d’État, aient été bien servis par les services de renseignements des Etats-Unis, dont le représentant est le directeur de la CIA» a déclaré le colonel Wilkerson. « En même temps, je dois dire que George Tenet a en partie raison car l’administration a manipulé les informations mises à sa disposition », a-t-il ajouté.

Carl Ford, l’ancien secrétaire d’État adjoint pour le Renseignement et la Recherche, estime, lui, que tout le monde est coupable dans cette affaire. «Les services de renseignements tentent de rejeter sur d’autres la responsabilité de tout ce qui n’a pas marché», fait valoir Carl Ford qui reproche à l’administration Bush de n’avoir pas exigé de meilleurs renseignements de la CIA. La Maison Blanche n’était pas satisfaite de ce que lui disaient les services de renseignements, et a donc cherché à répondre à ses propres questions en s’informant ailleurs, avec les résultats que l’on connaît, dit-il.

Pour leur part, les anciens collaborateurs de George Tenet ne sont pas tendres à son égard. Six ont appelé l’ancien directeur de la CIA à restituer la médaille de la Liberté que le président Bush lui a accordée en 2004, à son départ de l’agence. Cette médaille présidentielle est la plus haute distinction décernée aux civils aux Etats-Unis, et elle n’est octroyée qu’aux personnes ayant apporté «une contribution spéciale pour la sécurité ou les intérêts nationaux des Etats-Unis. »

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