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Nigeria : Lendemains électoraux incertains


Le candidat arrivé en seconde position au scrutin présidentiel au Nigeria, le général Muhammad Buhari fait savoir qu’il va demander aux Nigérians de protester « de manière pacifique mais efficace » contre les résultats. Il dit n’avoir pas l’intention de porter l’affaire devant les tribunaux, mais qu’il compte plutôt demander à son parti, le « All Nigeria Peoples Party », de réunir les preuves d’irrégularités en vue de les exposer au grand jour.

Les principaux leaders continuent de se concerter et devraient annoncer, dans les prochains jours, un programme de marches et de manifestations pacifiques contre les résultats de la présidentielle. Les observateurs de la scène politique nigériane font remarquer qu’un recours introduit contre les résultats du scrutin présidentiel de 2003 a finalement été rejeté plus de deux ans après son introduction.

La commission électorale nationale a proclamé le candidat du parti au pouvoir, Umaru Yar’Adua, vainqueur de la présidentielle de samedi, avec 70 % des suffrages exprimés. Mais de l’avis des observateurs locaux et internationaux, cette élection manquée de crédibilité. Ils font état de nombreux exemples de bourrage d’urnes, d’intimidation des électeurs et de bureaux de vote qui n’ont jamais ouvert.

Dans certains milieux politiques nigérians, on fait état de grogne dans certaines casernes. Jo Ibrahim, militant d’ONG de veille démocratique, estime que l’ampleur du désordre complique la tâche des tribunaux. « De nombreux centres de vote, dit-il, ne disposent pas de procès-verbaux signés par des assesseurs. Dans notre système judiciaire, ces PV tiennent lieu de pièces à conviction. » C’est pourquoi, poursuit Jo Ibrahim, il y a lieu de conclure à une crise nationale au double plan politique et constitutionnel.

Pour sa part, le président-élu Musa Yar’Adua invite les uns et les autres à fonder leurs rancoeurs dans la recherche du plus grand bien du Nigéria. Il a tenu à remercier ses « valeureux adversaires dans ce scrutin, qui sont tous des citoyens respectables et respectés, ainsi que des leaders à part entière. »

L’ancienne secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright, présente au Nigeria pour le compte du National Democratic Institute (NDI), rappelle que son ONG a multiplié les communiqués sur le manque de crédibilité, les errements, et la non prise en compte de la volonté populaire lors du dernier scrutin présidentiel nigérian. « Cependant, nous estimons qu’il existe des voies permettant de résoudre les problèmes posés avant la prise de fonction de qui que ce soi. Nous disposons d’une période intéressante et délicate de cinq semaines pour trouver une solution pacifique », a souligné Mme Albright.

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