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Présidentielle nigériane : La victoire controversée d’Umaru Yar’Adua


La victoire d’Umaru Yar’Adua à l’élection présidentielle nigériane du 21 avril suscite une vive controverse, l’opposition et les observateurs estimant que le scrutin a été entaché de graves irrégularités. D’après la commission électorale nigériane, M. Yar’dua, gouverneur de l’Etat de Katsina et candidat du Parti démocratique des peuples du Nigeria – parti au pouvoir – a recueilli 24,6 millions de voix, soit plus de trois fois le nombre de suffrages recueillis par son rival le mieux placé, Muhammadu Buhari. Ce dernier et le vice-président Atiku Abubakar, arrivé en troisième position, estiment que ce scrutin n’a aucune valeur. Ils disent qu’ils vont contester les résultats devant les tribunaux.

« Il y a eu beaucoup d’Etats, au moins une dizaine, où il n’y a pratiquement pas eu d’élection; il y avait beaucoup de régions au Nigeria où il n’y avait pas assez de bulletins de vote », signale l’envoyé spécial de la VOA, Nicolas Colombant. « Ces élections ont été vraiment bâclées à beaucoup de niveaux et donc il y a beaucoup de contestations autant au niveau de l’opposition ici aux Nigeria que des observateurs à la fois nationaux et internationaux », a-t-il expliqué.

Ibrahim Jibril du Centre pour la démocratie et le développement, ONG nigériane, est du même avis. Expliquant que son ONG et des partenaires au sein de la société civile avaient déployé 50 000 observateurs dans l’ensemble du pays, M. Jibril affirme que beaucoup de gens n’ont pu voter, en particulier dans le Sud-Est et le Nord-Est du pays, faute de matériel électoral. Il a, par ailleurs, fait état de nombreuses irrégularités, notamment de bourrages d’urnes en faveur du candidat Yar’Adua. Accusant la Commission électorale nigériane d’avoir travaillé avec le président Olusegun Obasanjo pour « imposer » Umaru Yar’Adua aux Nigérians, Ibrahim Jibril a appelé une reprise du scrutin présidentiel.

Les observateurs internationaux font état, eux aussi, de nombreuses irrégularités, notamment de cas de bourrage des urnes, d’actes d’intimidation par la police et de bureaux de vote n’ayant pas ouvert. Le processus électoral nigérian ne peut pas être considéré comme « crédible », a déclaré, lundi, le chef de la délégation d’observateurs de l’Union européenne, Max van den Berg, en notant que plus de 200 personnes ont trouvé la mort dans les violences liées à ces élections.

Le département d’Etat américain indique de son côté qu’il continue à analyser les informations fournies par les observateurs. D’ores et déjà, il apparaît, à l’évidence, que ces élections nigérianes ont été entachées d’irrégularités et dans certains cas, d’irrégularités graves, a déclaré son porte-parole, Sean McCormack. Washington espère que les litiges découlant de ces élections seront réglés de manière pacifique, conformément au droit nigérian, a fait savoir M. McCormack.

Le président Olusegun Obasanjo a reconnu, lundi, qu’il y a eu des problèmes de logistique mais il fait valoir que les résultats ne sont pas très différents de ce qui ressortait des sondages réalisés avant les élections. M. Obasanjo a appelé à un règlement des litiges par les tribunaux. Il a accusé des groupes de l’opposition de se livrer à des « activités subversives » pour tenter d’influencer l’issue du scrutin présidentiel. « Etant donné les irrégularités qui ont été nombreuses, qui ont été observées, le processus n’est donc pas encore terminé puisque le système judiciaire va être contacté par ceux qui ont des griefs à formuler à l’encontre de ceux qui ont organisé les élections », a déclaré de son côté Alfred Fawundu, membre de la mission d’observation de la CEDEAO au Nigeria.

Cette élection présidentielle doit permettre, pour la première fois dans l’histoire du Nigeria, le transfert pacifique du pouvoir d’un régime civil à un autre. Les Nigérians ont également voté samedi pour élire les membres du parlement fédéral.

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