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USA: Le ministre américain de la Justice peine à faire taire les appels à sa démission


Alberto Gonzales, le ministre de la Justice, a comparu jeudi devant la commission des Affaires judiciaires du Sénat pour répondre du limogeage de 8 procureurs fédéraux l’année dernière. Bien que légal, ce renvoi est perçu comme une purge politique orchestrée par la Maison Blanche, et il suscite une vive controverse au Congrès.

« Le ministère de la justice connaît aujourd’hui une crise de leadership peut-être sans équivalent en 137 années d’existence », a déclaré le sénateur Patrick Leahy, un démocrate du Vermont, qui préside la commission. Les parlementaires souhaitent déterminer si les procureurs fédéraux ont été renvoyés dans une tentative d’influencer des enquêtes sur des affaires de corruption pouvant aider les Républicains. Ils veulent également savoir une bonne fois pour toutes si M. Gonzales a été franc sur le rôle qu’il a joué dans cette affaire.

Même s’il a admis que des « gens raisonnables » pouvaient trouver à redire à sa décision de renvoyer les procureurs, le ministre de la justice l’a défendue. « Ma décision de réclamer la démission de ces procureurs fédéraux était justifiée, et devrait être maintenue », a dit Alberto Gonzales. Dans un premier temps, le ministre de la Justice avait assuré qu'il n'avait joué pratiquement aucun rôle dans ces limogeages. Des assurances contredites par son ancien directeur de cabinet, qui a dit au Congrès que M. Gonzales était beaucoup plus impliqué dans cette affaire qu’il ne l’admettait.

Ces déclarations ont été confirmées par la publication de courriels prouvant que le ministre de la justice avait participé à certaines réunions sur le renvoi des procureurs. Jeudi, M. Gonzales a reconnu que certaines de ses déclarations pourraient avoir prêté à confusion, ce dont il s’est excusé. « Je n’ai jamais cherché à induire en erreur ou à tromper le Congrès ou le peuple américain », a dit Alberto Gonzales.

Les parlementaires sont restés sceptiques. « Nous devons déterminer si oui ou non vous dites vraiment la vérité lorsque vous déclarez que vous devriez avoir été plus précis lorsqu’en réalité, la description que vous avez offerte de votre rôle dans cette affaire diffère de façon significative, si ce n’est totalement, des faits », a déclaré le sénateur Arlen Specter, un républicain de Pennsylvanie.

D’autres parlementaires font valoir que même si les renvois étaient justifiés, notamment du fait que les procureurs fédéraux servent selon le bon plaisir du président, le comportement de M. Gonzales n’en a pas moins sapé sa crédibilité au sein du ministère de la justice. « Je pense que la meilleure façon d’aller de l’avant, c’est que vous démissionniez », a lancé le sénateur Tom Coburn, un républicain de l'Oklahoma. Un appel dont son collègue démocrate Chuck Schumer, sénateur de l’état de New York, s’est fait l’écho.

Alberto Gonzales a rétorqué qu’il est disposé à partir dès lors qu’il ne serait plus efficace. Mais le moment n’est pas venu, a-t-il dit. Le ministre de la Justice a conservé jusqu'ici la confiance du président George W. Bush, dont il est réputé proche. Selon la porte-parole de la Maison Blanche, Dana Perino, M. Bush a d’ailleurs été satisfait par la prestation de M. Gonzales devant la commission des Affaires judiciaires du Sénat.

Le Congrès, qui ne dispose pas du pouvoir de le renvoyer, pourrait cependant ouvrir une enquête sur les circonstances qui ont entouré le limogeage des procureurs.

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