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USA : Le dernier pied de nez de l’éditorialiste Art Buchwald


Art Buchwald, le célèbre humoriste et éditorialiste américain, lauréat, en 1982, du prix Pulitzer, est mort mercredi soir des suites d'une défaillance rénale, à l'âge de 81 ans. Il s'est éteint à son domicile, entouré des siens, a annoncé sa famille. Refusant les traitements trop contraignants, Buchwald avait choisi d'attendre stoïquement la mort. Lorsqu’il était entré en février 2006 dans une maison de retraite médicale, les médecins ne lui donnaient que quelques semaines à vivre.

Plusieurs mois plus tard, les responsables de la maison de retraite l’ont encouragé à partir, vu qu’il était toujours bien vivant ; une excellente blague pour l’humoriste qui s’est empressé de partir en vacances près de Boston. Art Buchwald en a profité pour écrire un dernier ouvrage, lui qui avait déjà publié une trentaine de livres traitant de sujet divers, ses difficultés à mourir, et à quel point c’était amusant. Art Buchwald aura ri jusqu’à la fin.

La carrière de l’humoriste aura duré plus d’un demi-siècle. Plus de 8.000 de ses éditoriaux ont été publiés dans environ 300 journaux du monde entier. Et à son zénith, Art Buchwald paraissait dans 550 publications. « Je suis contre quiconque est au pouvoir. Je ne suis ni un démocrate, ni un républicain. Si vous êtes au pouvoir, vous êtes dangereux », disait-il.

L’éditorialiste n’épargnait personne, même pas le président des Etats Unis, comme en a fait l’expérience George Bush, attaqué pour avoir envahi l’Irak. « Je pense qu’une guerre unilatérale n’est pas une bonne chose - ni pour nous, ni pour le monde. Donc, j’écris là-dessus », précisait Buchwald qui ne cherchait pas seulement à faire rire ses lecteurs, mais aussi à les faire réfléchir.

Fils d'un fabricant de rideaux et très tôt orphelin, Buchwald a connu une enfance malheureuse à New York. A 17 ans, il a abandonné l'école pour chercher refuge dans l’armée américaine, au sein du corps des Marines. Après deux années passées dans le Pacifique, Art Buchwald s’est inscrit à l'Université de Californie du Sud, à Los Angeles. Puis, avant même de finir ses études, il a acheté un billet aller-simple pour Paris, qui avait déjà servi de refuge à bien des écrivains américains, notamment Ernest Hemingway. Buchwald allait y passer 14 ans.

Devenu correspondant du magazine Variety, il a alors proposé à l'édition européenne du New York Herald Tribune une chronique sur la vie nocturne parisienne, « Paris After Dark » , « Paris la nuit », où se déployaient sa verve et son humour. Quelques années plus tard, c’est la consécration avec une autre rubrique, « Mostly About People », « Surtout au sujet des gens », appréciée de part et d'autre de l'Atlantique.

De retour aux États-Unis en 1962, Art Buchwald s’est notamment distingué par une satire publiée chaque année par le Washington Post à l'occasion de la fête de Thanksgiving, en fin novembre. Dans cet éditorial en franglais intitulé « Why We Eat Turkey » (Pourquoi nous mangeons de la dinde), Buchwald rappelait que Thanksgiving est bien « La seule fois dans l'année où les familles américaines mangent mieux que les Français».

De passage, en 2002, dans les studios de la Voix de l’Amérique, le célèbre éditorialiste avait dit à nos auditeurs qu’il ne prendrait jamais sa retraite, vu qu’il ne jouait pas au golf. « Si vous ne jouez pas au golf, que pouvez-vous faire d’autre que de travailler ? » s’était demandé Buchwald. Son dernier ouvrage, « Too Soon to Say Goodbye », « Trop tôt pour dire adieu », aura été son dernier pied de nez à la vie, à la mort - la mort qu’il ne craignait plus, et qu’il aura acceuillie comme une bonne blague.

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