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Etats-Unis: Le «Parrain» de la Soul quitte la scène


Une des plus grandes figures de la musique moderne américaine, James Brown, a succombé à une pneumonie le 25 décembre 2006 à Atlanta, à 73 ans. Il était incontestablement le roi, l’inventeur du Funk, l’innovateur dans des genres tels que le R&B, la Soul - dont il était le « Godfather» ou parrain - le disco, le rap ou le hip hop. Les tenants du rap, en réalité, n’avaient rien inventé et on le voyait très clairement dans leurs « samplings » ou échantillons de la musique de James Brown qu’ils incorporaient dans leur propre musique. Ils ont, en particulier, repris cette manière très « funky » de jouer de la basse qui caractérisait le « sound » ou son de James Brown.

Le célèbre morceau de Brown, « Say It Loud, I’m Black and I’m Proud » - Dis le tout haut, je suis Noir et je suis fier - l’illustre parfaitement. Ce morceau était devenu dans les années 60 un hymne du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis: le Noir d’Amérique qui affirmait avec fierté sa négritude face au racisme d’alors. James Brown était, on peut dire, l’incarnation de cette rage de vivre, voire de survivre face à des obstacles paralysants: sa mère l’a abandonné quand il n’avait que quatre ans.

Son père a ensuite quitté sa Caroline du Sud natale pour aller s’installer avec lui en Georgie, où une de ses tantes tenait (disons-le) un bordel. Pour survivre, et aider sa famille, le jeune garçon travaillera dans les champs de coton et se mettra à cirer les chaussures. A 12 ans, il n’allait plus à l’école et à 16 ans, il était arrêté et condamné à 3 ans de détention pour vol. Il s’essayera par la suite à la boxe et au baseball.

C’est extraordinaire quand on y pense maintenant: Cet homme pratiquement analphabète a réussi, malgré ce passé douloureux et difficile, à devenir l’un des plus grands hommes d’affaires d’Amérique, à la tête de nombreuses entreprises dont des stations de radio. Son secret? Il ne voulait rien de personne. Tout ce qu’il voulait dans cette Amérique des années 60, c’est qu’on lui donne sa chance, qu’on ne lui ferme pas les portes au nez. « I do not want nobody to give me Nothing”, chantait-il.

James Brown, pour ceux qui l’ont vu sur scène ou à la télévision, était le « showman », un danseur comme on n’en avait jamais vu. Michael Jackson, pour la jeune génération, n’était qu’une pale copie du « Maître ». Cette image du « showman » chantant « Please, Please, Please », forcé de quitter la scène par un assistant qui l’enveloppait d’une cape… dont il se débarrassera pour revenir sur scène, en continuant de gémir « Please, Please... » sera à jamais gravée dans les mémoires.

Le grand musicien américain était un génie, mais il avait aussi ses démons: la drogue, l’alcool et des relations souvent violentes avec ses épouses (il s’est marié au moins 4 fois). Son dernier séjour en prison remonte à 15 ans. En 2003, la Caroline du sud lui a accordé un pardon - une amnistie - pour tous les crimes ou délits qu’il a commis dans cet état. L’auteur de « Sex Machine » et de tant d’autres succès a rendu l’âme le 25 décembre.

L’Amérique a reconnu depuis longtemps sa contribution à la musique nationale moderne en lui décernant certains de ses prix les plus prestigieux: Grammy, prix du Kennedy Center, et le Rock and Roll Hall of Fame, le panthéon de la musique Rock and Roll. Le président Bush a bien résumé ce sentiment lorsqu’il a déclaré : « Pendant un demi-siècle, le talent innovateur du Parrain de la Soul a enrichi notre culture et influencé des générations successives de musiciens. »

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