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Lutte contre la désertification: A l’école égyptienne et pakistanaise


L’Egypte est un don du Nil, dit-on depuis la plus haute Antiquité. Une affirmation confirmée par l’utilisation massive des chadoufs, ces appareils à bascule servant à tirer l’eau des puits et des canaux, dans la vallée du plus long fleuve d’Afrique. Malgré la fertilité légendaire de la vallée du Nil, les chadoufs représentent une forme artisanale d’irrigation incapable de satisfaire les besoins en denrées alimentaires d’une population en pleine explosion démographique.

Un autre facteur complique l’équation: La compétition féroce pour l’eau, précieux liquide que s’arrachent les agriculteurs, les citadins et les promoteurs immobiliers. Ces derniers veulent construire des stations balnéaires avec terrain de golf verdoyant à la lisière du désert. Pour Donald Cole, chercheur à l’université américaine du Caire, l’eau du Nil ne doit plus être gaspillée. « Il y a encore un type de programme de lotissement privé qui cherche à tirer parti de l’eau disponible, comme si cette eau était inépuisable, en grande quantité » déclare le professeur Cole.

Pour le moment, le gouvernement égyptien ne tient pas compte de ces mises en garde et continue de mettre en oeuvre son plan d’exploitation agricole du désert, qui prévoit la mise en culture de 1.400.000 hectares de terres arides au cours des 10 prochaines années. Un projet jugé trop ambitieux par de nombreux experts, qui jugent réaliste l’irrigation de 700.000 hectares seulement.

Adly Bishaï, créateur du centre de développement du désert, n’en reste pas moins résolument optimiste. Son centre étudie depuis 30 ans comment rendre le désert plus vivable. « L’Egypte a besoin du désert pour faire face à son énorme croissance démographique. Nous avons aussi besoin du désert pour produire les aliments que nous importons dans leur grande majorité. Nous sommes vraiment dans le pétrin, affirme le directeur du centre de développement du désert » a-t-il expliqué.

Le président Hosni Moubarak a inauguré en juillet 2006 la plus puissante station de pompage d’eau du monde dans le désert occidental d’Egypte. Sa capacité: 14 millions de m3 d’eau par jour pour irriguer 200.000 hectares de terres arides. L’objectif est de transplanter six millions d’habitants de la vallée du Nil dans le sud de l’Egypte et dans les oasis du désert occidental.

Le Pakistan aussi a des plans pour combattre la désertification. Sa priorité numéro 1: encourager la population rurale à faire un meilleur usage des sols arides, en toutes circonstances. Maksood Ahmed, haut responsable du conseil gouvernemental pakistanais pour les recherches agricoles explique que « lorsqu’il y a sécheresse ou sur-exploitation, la conséquence est la pauvreté. Pauvreté qui conduit à son tour à la sur-exploitation et à l’aggravation du problème de la désertification. C’est un cercle vicieux » souligne Maksood Ahmed.

L’expert pakistanais ajoute que le surpâturage a tellement réduit la fertilité du sol dans certaines régions du sud que la production agricole a baissé de 85%. Autres problèmes: la diminution des ressources hydrauliques, après des années de sécheresse et la compétition accrue pour l’eau, en raison de l’explosion démographique. L’armée a même dû intervenir manu militari pour séparer des villages rivaux qui s’affrontaient pour le précieux liquide.

Pour combattre la désertification, le gouvernement pakistanais cherche à promouvoir une culture plus rationnelle des terres arides. Mais l’agriculteur moyen manque de fonds pour ce faire. Tanveer Arif, président de la société pour la protection de l’environnement au Pakistan. « La culture en terre sèche est une activité très hasardeuse. Aucune institution financière, comme par exemple une banque de développement agricole, n’est prête à travailler avec des agriculteurs à risque. Il n’y a pas de système d’assurance-récolte au Pakistan » a déclaré Tanveer Arif.

Le gouvernement pakistanais reste déterminé à surmonter ces obstacles. Il a mis au point des dizaines de stratégies pour combattre la désertification. Cependant, d’autres priorités nationales, notamment la création d’emploi et les impératifs de sécurité, limitent ses moyens d’action.

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