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Tendances démographiques: Les jeunes Africains face à un avenir incertain


Dans beaucoup de pays africains à démographie galopante, les jeunes forment jusqu’à 40% de la population. Leurs perspectives d’emploi sont très médiocres, même dans les Etats riches en ressources naturelles comme la Côte d’Ivoire ou la République démocratique du Congo. En RDC par exemple, les chefs de guerre ont recruté en masse ces jeunes dans leurs milices privées pendant les années de conflit. Et ce n’est que maintenant qu’un processus de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) essaie de les réintégrer à une vie civile productive.

On n’en est pas encore là en Côte d’Ivoire où le conflit persiste. Nicolas Colombant, chef du bureau de la Voix de l’Amérique à Abidjan, a effectué un reportage à ce sujet. Près de l’aéroport international d’Abidjan, des miliciens proches du président ivoirien Laurent Gbagbo s’entraînent. On les appelle les GPP, du nom de leur milice, le Groupement patriotique pour la paix. Leur leader, Moussa Touré Zeguen, explique leur raison d’être. « Nous luttons en tant qu’Ivoiriens , nous voulons contribuer à la démocratie dans notre pays, nous battre pour la justice » dit-il.

Pour ces miliciens, cela signifie lutter contre les rebelles du Nord, mais aussi intimider les immigrés installés dans le Sud de la Côte d’Ivoire, région contrôlée par les forces du président Gbagbo. Le pays est coupé en deux depuis 2002 et reste confronté aux mêmes problèmes à l’origine de la rébellion: L’accès aux ressources, la question de « l’ivoirité » et les querelles inter-communautaires.

Nombreux sont les jeunes bien éduqués qui ont quitté les campagnes pour la ville, mais n’ont pas pu trouver d’emploi. Le résultat est que beaucoup d’entre eux ont rejoint la rébellion dans le Nord, se sacrifiant, disent-ils, pour les générations futures. Dans le Sud, une grande partie de la jeunesse ivoirienne rejette sur la France, l’ancienne puissance coloniale, la responsabilité de la crise.

Olivier Gréto Zoué fait partie des Jeunes patriotes, milice fidèle au chef de l’Etat ivoirien. Celle-ci manifeste chaque fois que le pouvoir de Laurent Gbagbo semble menacé. Ces miliciens sont conduits par Charles Blé Goudé, entre autres, et largement financés par la présidence. Lors des manifestations, chaque protestataire peut espérer recevoir l’équivalent de 10 dollars, sans oublier les T-shirts, aliments et boissons, le tout servi par les « Dames patriotes. »

Les rebelles ivoiriens ont également leurs partisans, surtout dans les quartiers d’immigrés à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. Mais leurs manifestations sont durement réprimées par les forces de sécurité, contrairement à celles des Jeunes patriotes. Tous ces groupes de jeunes se divisent en plusieurs factions, chacune se disputant les fonds offerts par les leaders des partis politiques ou les ministres qui les envoient manifester ou combattre selon leurs besoins.

Jeff Agba, un ancien chef de milice du GPP, a fini par y voir clair et s’est fait éjecter du groupe après avoir dit qu’il ne servirait plus de chair à canon à des politiciens véreux. « Ce dont les jeunes ont besoin, précise-t-il, c’est d’une bonne santé et du développement. » Pour Jeff Agba, la politique, c’est un jeu, ce sont des mensonges. Pour être heureux, les jeunes ont besoin de la paix, la liberté, et des emplois, proclame l’ancien chef de milice.

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