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Etats-Unis: Décès du photographe et cinéaste noir Gordon Parks 


Le photographe et cinéaste noir-américain Gordon Parks est décédé mardi, à l’age de 93 ans. Avec son film « Shaft » tourné en 1971, Parks était devenu le premier noir à réaliser un film pour un grand studio de Hollywood. Né dans la pauvreté, en 1912, au Kansas, du temps de la ségrégation raciale, le disparu était le cadet de 15 enfants.

A l’âge de 15 ans, sa mère étant décédée, il a été envoyé à Minneapolis dans l’état du Minnesota où s’était installée une sœur mariée. Mais son beau-frère l’a jeté dehors après une dispute. « J’ai dû devenir un homme du jour au lendemain. C’est tout. J’étais seul, » a-t-il expliqué dans une interview.

Gordon Parks est obligé d’abandonner les études pour gagner sa vie. Tour à tour portier, serveur dans des wagons-restaurants, joueur de piano dans un bordel, le jeune homme découvrira la photographie en 1937. Cinq ans plus tard, il obtient une bourse pour travailler comme photographe dans l’administration américaine, à Washington. Une tâche lui est assignée: documenter la pauvreté aux Etats Unis.

Son patron lui a conseillé d’aller discuter avec des personnes âgées. Il a suivi le conseil, ce qui a abouti à sa plus célèbre photo: celle d’une femme de ménage, Ella Watson, intitulée « American Gothic. » « Elle tenait sa serpillière et son balais, et je l’ai arrêtée et j’ai dit: ‘Puis-je vous photographier?’ Et elle a répondu: ‘Oui, cela ne me gêne pas . Où voulez-vous que je pose?’ J’ai levé le regard et j’ai vu le drapeau américain qui pendait du plafond. J’ai pensé à Grant Wood et à son célèbre portrait du fermier et de son épouse tenant une fourche. Cela a été une révélation, et j’ai répondu: ‘Devant le drapeau.’ J’ai ajouté: ‘Regardez droit dans l’appareil.’ » Cette photo lui a valu une grande renommée.

En 1948, Gordon Parks devient le premier photographe noir à travailler pour la rédaction du prestigieux magazine Life. Il immortalisera, pour cette publication, non seulement la ségrégation raciale, mais aussi la lutte pour les droits civiques, ce qui fera de lui l’un des photographes les plus en vue du pays. « Je suis très reconnaissant à la photographie. J’ai souvent dit que j’essayais de m’en servir comme d’une arme contre la pauvreté, contre le racisme, contre le fanatisme, contre tout ce qui me déplaisait dans l’univers, » a souligné Gordon Parks.

Son succès de photographe lui a également permis d’écrire à ses heures de loisir, de composer et enfin, de réaliser des films, dont le célèbre « Shaft: les nuits rouges de Harlem. » « Shaft », immortalisé par ce tube d’Isaac Hayes, raconte les aventures de l’inspecteur noir John Shaft, aux méthodes peu orthodoxes et au sex-appeal infaillible. Le film a eu un grand succès commercial, inaugurant le genre surnommé « Blaxploitation, » une nouvelle catégorie de films ayant des Noirs pour héros. « Shaft » a obtenu l’Oscar de la meilleure bande originale, et a eu deux suites, « Shaft’s Big Score » en 1972 et « Shaft in Africa » l’année suivante.

Cependant, le film qui tenait le plus à cœur à Gordon Parks était probablement « The Learning Tree, » réalisé en 1969. Ce long métrage qui était un peu son autobiographie, et retrace l’histoire d’un adolescent noir de 15 ans, élevé dans le Kansas dans les années 1920. Ce garçon se fait dire, par son professeur blanc, que son désir d’aller à l’université n’est qu’un rêve, que les gens de sa race finissent portiers ou cuisiniers. Gordon Parks n’a jamais fait d’études universitaires, mais s’est vu décerner d’innombrables récompenses pour son travail, dont plus de 50 doctorats “honoris causa”, ainsi que la prestigieuse Médaille Nationale des Arts. Pas mal pour un autodictate!

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