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Retour au calme à Alep grâce à un accord de trêve russo-américain


Des habitants d'Alep passant devant les bâtiments endommagés du secteur tenu par les rebelles syriens, le 5 mai 2016.

Des habitants d'Alep passant devant les bâtiments endommagés du secteur tenu par les rebelles syriens, le 5 mai 2016.

La ville syrienne d'Alep goûtait au calme jeudi après l'entrée en vigueur d'une trêve négociée par Washington et Moscou et acceptée par le régime et les rebelles pour mettre fin temporairement aux combats qui ont fait près de 300 morts.

Aucun raid aérien n'a été signalé dans les quartiers rebelles dans l'est d'Alep depuis le début d'application de la trêve de 48 heures à 00H01 locale (22H01 GMT mercredi) dans la deuxième ville du pays en guerre, divisée depuis 2012.

De nombreux commerçants ont rouvert leurs magasins dans le secteur rebelle, restés fermés pendant plusieurs jours à cause de l'intensité des bombardements, selon un correspondant de l'AFP sur place. L'activité a repris sur les marchés de fruits et légumes, cibles de frappes sanglantes.

Certains habitants ont déblayé les ruines devant leurs maisons, d'autres buvaient leur thé ou fumaient devant chez eux.

"La situation est meilleure et la circulation est revenue", affirme à l'AFP Mohammad Halwani, 31 ans, propriétaire d'un café internet.

"Mais la peur est toujours là. Les habitants craignent la reprise des bombardements, des massacres", dit ce père de trois enfants, se rappelant la "ville fantôme" qu'était Alep-est la semaine dernière.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a confirmé l'absence de bombardements dans cette cité du nord du pays. Il a toutefois fait état de la mort d'un civil dans un bombardement nocturne rebelle sur les quartiers ouest prorégime quelques minutes après l'entrée en vigueur de la trêve.

- 'Apaiser la souffrance' -

Le régime etles rebelles se sont engagés à respecter la cessation temporaire des hostilités.

"Nous sommes en faveur de toute initiative qui apaise la souffrance des civils et épargne leur sang et nous respecterons" la trêve, a affirmé à l'AFP Ahmad Sanada, un leader de l'influent groupe rebelle d'inspiration salafiste Jaich al-Islam à Alep.

Le régime pour sa part a annoncé une trêve de 48 heures à partir de mercredi à 23H01 GMT.

Les Etats-Unis et la Russie ont annoncé mercredi cette trêve après que le cessez-le-feu du 27 février a volé en éclats dans Alep avec la reprise des hostilités qui ont fait 285 morts, dont 57 enfants, depuis le 22 avril.

Le secrétaire d'Etat John Kerry a exhorté "toutes les parties à respecter totalement la nouvelle trêve".

Lors d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU mercredi, des responsables ont dénoncé des "crimes de guerre" à Alep, l'un des principaux enjeux du conflit qui s'est déclenché en mars 2011 avec la répression sanglante de manifestations prodémocratie.

La guerre a fait depuis plus de 270.000 morts, poussé à la fuite plus de la moitié de la population et provoqué un désastre humanitaire.

La trêve du 27 février concernait tout le pays à l'exclusion des secteurs tenus par les djihadistes du groupe Etat islamique (EI) et du Front Al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda.

D'ailleurs, au sud de la ville d'Alep, Al-Nosra a annoncé sur Twitter le lancement d'une nouvelle bataille" dans le but de "libérer" la région de Khan Toumane et de violents combats contre le régime étaient en cours en soirée.

- Concerts à Palmyre -

A Alep, outre la mort et les destructions, l'aide humanitaire ne parvient plus aux quartiers rebelles, a condamné l'ONU, en accusant Damas de ne pas laisser passer les convois.

"Utiliser la famine comme une arme dans un conflit est un crime de guerre", a dénoncé le secrétaire général adjoint de l'ONU aux Affaires politiques, Jeffrey Feltman.

Au moins 400.000 personnes pourraient fuir vers la Turquie, selon l'émissaire spécial de l'ONU Staffan de Mistura, qui tente de relancer les négociations de paix indirectes à Genève entre le pouvoir et l'opposition.

Ailleurs dans le pays, au moins 12 civils ont été tués et 40 blessés dans un double attentat dans la province centrale de Homs, quelques jours après la prise par l'EI du champ gazier proche de Chaer, selon l'OSDH.

Dans cette province, l'EI a subi une cuisante défaite le 27 mars après avoir été chassé par le régime aidé de l'allié russe, de la ville de Palmyre où les djihadistes ont détruit des trésors archéologiques.

Jeudi, dans une ambiance quasi-surréelle, le célèbre chef d'orchestre russe Valéri Guerguiev a dirigé un concert symphonique devant 400 spectateurs dont de nombreux soldats russes dans l'amphithéâtre de la cité, là même où l'EI avait mené des exécutions un an plus tôt.

Dans une vidéo-conférence, le président russe Vladimir Poutine a affirmé que le concert était un "hommage à toutes les victimes du terrorisme". Un autre concert organisé par le régime syrien doit se tenir vendredi soir dans la cité.

Avec AFP

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